Un récent ouvrage accusateur a déclenché une vague d’indignation qui s’est rapidement transformée en mise en accusation générale du secteur funéraire. En quelques jours, un métier discret et essentiel s’est retrouvé exposé comme s’il était devenu un espace de dérives systémiques. Pascal Lambert, directeur d’EI GROUPE – FUNÉRAIRE, organisme spécialisé dans la formation des professionnels du secteur, réagit : “L’indignation fait vendre des livres, pas des solutions. À un moment où la démographie fait exploser les besoins, fragiliser publiquement ce secteur revient à organiser sa pénurie. Sans valorisation des professionnels, sans attractivité, sans investissement massif dans les compétences, le funéraire ne risque pas une crise d’image : il court vers une rupture de service.”

Un diagnostic incomplet : un secteur sous-dimensionné face à une
demande croissante

Les témoignages rapportés dans l’ouvrage en question soulèvent des questions légitimes. Certaines cérémonies déçoivent, certains comportements commerciaux interrogent. Mais généraliser ces situations revient à masquer la véritable problématique : le funéraire est aujourd’hui confronté à un déséquilibre structurel entre une demande croissante et une offre de professionnels formés insuffisante.

La démographie augmente mécaniquement la pression sur les équipes. Les attentes des familles deviennent plus complexes. Les opérateurs doivent intervenir rapidement, souvent dans des délais extrêmement contraints. Dans ce contexte, la moindre tension se répercute immédiatement sur la qualité. “La déception ne naît pas d’un manque de volonté : elle naît d’un manque de ressources.”

Un secteur économique à assumer pour mieux le réguler

Qualifier le funéraire de “business” est devenu un raccourci polémique. Pourtant, un service qui mobilise des compétences, des moyens matériels, une disponibilité permanente, relève mécaniquement d’une logique économique. Ce n’est ni choquant ni anormal : c’est la condition même de l’existence d’un service fiable, structuré et accessible.

Le prix des obsèques ne relève pas d’une marchandisation morbide : il reflète le temps, l’expertise, la coordination et la responsabilité mobilisés. Le sujet n’est donc pas de savoir s’il s’agit d’un business, mais comment en faire un secteur régulé, lisible et professionnel, à hauteur de ce qu’attendent les familles. “Le problème n’est pas que ce soit un business : le problème, c’est qu’il manque de professionnels pour bien le faire fonctionner.”

Professionnaliser : la réponse structurelle aux tensions du secteur

L’amélioration durable du secteur passe par la montée en compétence de celles et ceux qui y travaillent.

Professionnaliser, c’est réduire la variabilité de qualité, renforcer l’éthique de service, fluidifier l’organisation des obsèques, sécuriser la relation avec les familles, rendre le métier plus attractif et stabiliser les équipes, clarifier les standards attendus. À EI GROUPE – FUNÉRAIRE, nous constatons chaque jour que les apprenants – qu’ils soient en reconversion ou déjà en poste – portent une forte exigence de posture, de sens et de qualité de service. C’est cette dynamique qu’il faut soutenir pour transformer réellement le secteur. “La compétence naît d’une formation solide et reconnue.”

Reconnaître le funéraire comme métier social : enjeu de cohésion collective
Il faut aussi regarder le funéraire comme ce qu’il est : un métier social, au sens plein du terme. Les professionnels accompagnent des familles dans un moment de vulnérabilité extrême. Ils constituent un repère, un soutien, parfois un amortisseur émotionnel. Ce rôle n’est ni secondaire ni périphérique : il est central dans la cohésion de nos communautés.

Pourtant, comme d’autres métiers du lien – aide à domicile, petite enfance, médico-social –, le funéraire souffre d’un déficit de reconnaissance. Et comme pour ces métiers, la détérioration de l’image compromet directement l’attractivité, ce qui fragilise encore davantage l’efficience du service rendu. “Un métier social qui perd son attractivité perd sa capacité à bien servir.”

Reconstruire la confiance : soutenir ceux qui portent la charge émotionnelle du pays

La stigmatisation globale affaiblit les équipes de terrain, décourage les vocations et aggrave les tensions existantes. C’est précisément l’inverse de ce dont le secteur a besoin. La transformation durable passera par une meilleure lisibilité des métiers, une valorisation de leurs compétences réelles, des parcours de formation structurés, un discours public qui reconnaît leur rôle sociétal, un travail d’attractivité pour attirer de nouveaux talents.
L’objectif n’est pas d’exonérer les dérives existantes, mais de replacer les enjeux au bon endroit : renforcer la capacité du secteur à répondre, avec qualité et sérénité, à une mission indispensable. “Les métiers du funéraire ne sont pas un problème : ils sont une solution qu’il faut préserver et moderniser.”

Professionnaliser, valoriser, attirer : la voie pour un funéraire efficient et reconnu

Plutôt que de désigner des coupables, faisons collectivement le choix d’investir dans ce qui fera la différence : la compétence, l’attractivité, la qualité et la confiance. C’est la seule voie pour garantir aux familles un service à la hauteur de leurs attentes.
C’est la seule voie pour accompagner la transition démographique. C’est la seule voie pour redonner au funéraire la place qu’il mérite parmi les métiers sociaux essentiels. “Un secteur attractif, des professionnels reconnus, une expertise visible : c’est ainsi que l’on renforcera durablement le service rendu aux familles.”

P. LAMBERT EI Groupe – Décembre 2025

Date de publication : 7 janvier 2026
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